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  • emilie1393

L’impact psychologique du parcours de PMA


Les parcours de PMA sont éprouvants physiquement mais aussi psychologiquement, tant au niveau individuel qu’au niveau du couple. Un aspect souvent négligé par les médecins et les personnes qui le vivent, qu’il convient de prendre en compte au risque de se perdre en chemin. Explications et conseils avec Mathilde Bouychou, psychologue clinicienne.


“Je ne savais pas du tout dans quoi je me lançais”

L’horloge biologique qui fait tic-tac, c’est ce qui l’angoisse le plus : "J’ai 30 ans, mes amis ont des enfants, et moi pas, répète-t-elle. On me dit que ça va aller, que je suis jeune, que j’ai le temps, mais c’est faux". "Sa peur d’avoir un enfant trop tard s’est transformée en peur de ne pas avoir d’enfant du tout", remarque Alan, qui n’a pas cette angoisse.

Sur les conseils d’une amie, le couple prend rendez-vous dans un centre de procréation médicalement assistée (PMA). "On nous a fait faire un tas d’examens et de prises de sang pour qu’au final on nous apprenne que nous n’avons aucun problème, ils n’ont pas d’explications", raconte Barbara avec un certain fatalisme. On leur propose alors de suivre un parcours de PMA avec fécondation in vitro (FIV). "Je ne savais pas du tout dans quoi je me lançais".


Les femmes, plus impliquées malgré elles

Première FIV, premier échec. Le couple a d’abord refusé le soutien psychologique qui leur a été proposé, estimant être "fort" et "ne pas en avoir besoin". Mais lorsque l’épidémie de CoVid-19 est arrivée et que le confinement a entraîné la suspension de tous les parcours de PMA, Barbara a "craqué". "Je pleurais tous les jours, je n’arrivais pas à m’en sortir, je me disais que jamais je n’aurais d’enfants et c’est à ce moment-là que j’ai pris mon courage à deux mains et que j’ai demandé de l’aide". D’après une étude parue en 2017, plus de 40 % des femmes en PMA "présentent des troubles psychiatriques de types anxieux ou dépressifs et les niveaux d’anxiété et de dépression chez les femmes infertiles sont équivalents à ceux de femmes souffrant de maladies chroniques comme les maladies cardiaques, les cancers ou la séropositivité. Lors des traitements, les femmes semblent plus vulnérables que les hommes et leurs réactions aux échecs des traitements représentent un facteur de risque d’aggravation des difficultés adaptatives sur le plan émotionnel".


La psychologue propose toujours de s’entretenir également avec le conjoint, individuellement ou en même temps que sa conjointe. Non seulement pour "lui permettre de se réapproprier le parcours, de comprendre ce que peut vivre sa compagne qui a des contraintes organisationnelles, de gestion médicale, une charge mentale", mais aussi parce que le parcours de PMA "réveille des choses au niveau de sa propre histoire".


“Crise de type existentielle”

Comme l’explique Monique Jaoul, psychologue-psychanalyste, "la souffrance d’infertilité réactive les souffrances passées" : “dans le fait de vouloir devenir parent, il y a une réactivation de notre propre histoire de naissance notamment. Pouvoir faire le lien avec nos propres parents - est-ce qu’ils nous ont eu facilement, est-ce qu’ils ont beaucoup attendu, est-ce qu’il y a eu des difficultés durant la grossesse, les premiers mois ou les premières années de vie - permet de donner des informations et du sens à ce que nous sommes en train de vivre".


Les premières séances de psychothérapie vont prendre la forme d’un "travail de reconstruction chronologique" pour permettre aux couples de "formuler et prendre la mesure de tout ce par quoi ils sont passés, déposer leur souffrance et se sentir reconnus et entendus, explique Mathilde Bouychou. Ça légitimise ce qu’ils sont en train de vivre. Je les invite également beaucoup à exprimer ce qu’ils attendent de cet accompagnement. Certains vont dire mieux gérer leurs émotions, comprendre et donner du sens à ce qu’ils vivent, mieux supporter les grossesses des amies…".


Une vie sur pause

Le quotidien des couples en parcours de PMA est d’autant plus compliqué à gérer qu’il tourne autour de la procédure, la grossesse devenant leur but ultime : "Mon seul souhait est d’avoir un enfant", confie Barbara. Monique Jaoul note en effet que dans ce cas, "les intérêts habituels s’estompent, le travail, les amis, les loisirs, tout perd de son intérêt ; toutes les préoccupations tournent autour des cycles, des traitements, des rendez-vous, de l’attente des résultats. Certaines femmes s’arrêtent de travailler pour se consacrer ‘entièrement’ aux traitements, accentuant ainsi l’effet appauvrissant du traumatisme lui-même".

Ce que confirme Mathilde Bouychou : "Souvent la vie des couples s’arrête en parcours de PMA, ce qui est très dangereux parce que ça renforce le sentiment que le temps est figé et qu’il passe en même temps, car les autres avancent mais eux sont bloqués". Pour éviter la spirale infernale, la psychologue incite les patients à prendre du temps pour eux et à s’écouter : “Partir en week-end, décaler un protocole si c’est mieux pour eux, si ça leur permet de réaliser un projet qu’ils avaient envie de faire… Parfois il faut aussi pouvoir sortir de tout ce qui est imposé par la PMA, il faut qu’ils redeviennent pleinement acteurs de leur vie. Il y a des moments avec la PMA et il faut qu’il y ait des moments sans, sinon ce n’est pas vivable".

Conseils pour vivre au mieux son parcours de PMA

Les troubles anxieux et dépressifs au cours d’un parcours de PMA ne sont donc pas une fatalité. Mathilde Bouychou propose plusieurs pistes pour mieux le vivre, à commencer par la confiance en son équipe médicale : "Si l’on ne se sent pas bien avec son médecin ou l’équipe médicale qui nous accompagne, il ne faut pas hésiter à en changer. Il y a des études anglaises qui montrent bien que les patients qui ont un accompagnement psychologique en PMA ont des taux de réussite plus élevés : je ne crois pas que ce soit en rapport avec les questions de blocage psychologique mais plutôt avec le fait d’être accompagnés, soutenus et donc la confiance dans le médecin. C’est important d’être bienveillant avec soi-même, il y a déjà tellement de choses qui sont violentes et imposées que de pouvoir choisir un médecin avec lequel on se sent bien c’est fondamental".

Deuxième conseil : ne pas s’isoler. "Ça peut être un choix de pas en parler à l’entourage, mais il ne faut pas hésiter à se tourner vers des professionnels, des sages-femmes, des psys ou des médecines douces (acupuncture, ostéopathie, sophrologie, hypnose...) qui seront aussi des outils qui peuvent aider à mieux gérer émotionnellement ce qu’ils traversent". Barbara le confirme volontiers : "Depuis que je me fais suivre, ça va mieux. Je ne dis pas que je suis guérie mais petit à petit, je reprends goût à la vie. Le fait de me confier à une inconnue me permet de tout lui raconter sans qu’il n’y ait de jugement mais au contraire un soutien, de la compréhension, et des conseils. Je suis heureuse d’avoir pris cette décision". Alan aussi a remarqué ce changement : "Depuis le soutien, ça va mieux pour elle, donc pour moi aussi".


Enfin, il convient de ne pas mettre sa vie entre parenthèses et de s’autoriser à avoir d’autres projets. "Par exemple, je vois des femmes qui ont envie de changer de job depuis des années mais elles s’en empêchent parce que si elles tombent enceintes, tout sera plus simple pour avoir un congé maternité dans leur entreprise, etc. Mais du coup, leur vie est d’autant plus figée et elles se retrouvent en plus dans un quotidien désagréable. Tout est frustration. Le parcours de PMA amène beaucoup de morbidité, donc il faut continuer d’accueillir la vie".

La psychologue insiste : l’important est de se faire du bien et de s’écouter. "Si l'on n’a pas envie d’aller au dîner où il y aura cinq femmes enceintes, on n’y va pas et ce n’est pas grave. Il ne faut pas se faire violence, s’imposer et se rajouter des choses, mais se remettre soi et son couple au centre. Il faut s’accorder du temps de qualité à deux aussi, et pas que du temps autour de la piqûre".


Interview de Mathilde Bouychou, psychologue clinicienne et créatrice du podcast Parentalité(s).

1 - Détresse psychologique des couples infertiles : une approche globale. Elodie Girard, Vasiliki Galani, Simona Toma, Isabelle Streuli. Rev Med Suisse 2017; volume 13. 371-374 (accessible en ligne).

2 - Vécu psychologique des couples ayant recours à l’AMP. Monique Jaoul, docteure en psychologie, psychanalyste, service d’AMP du Pr J. Selva et Pr A. Fauconnier, CHI Poissy Saint-Germain. Revue trimestrielle du Haut Conseil de la santé publique, juin 2011.


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